
Au fond d’une cour du 1er arrondissement de Paris, une adresse continue de défendre une lingerie qui ne cherche ni la discrétion ni le minimalisme. Fifi Chachnil, maison fondée en 1984, a récemment été mise en avant par Sortir à Paris, qui la présente comme une boutique cachée cultivant « l’art de la lingerie rétro et des froufrous ». L’occasion de revenir sur une maison singulière, à l’heure où la transparence et les matières vaporeuses reviennent sur les podiums.
Une maison née à contre-courant
L’histoire commence au milieu des années 1980, à une époque où la mode se passionne pour les silhouettes noires et déstructurées. La créatrice prend le chemin inverse : robes de patineuse, couleurs franches, bloomers et costumes fantaisistes. Son goût pour la mise en scène la mène vers le spectacle, avant le lancement de sa première collection de lingerie en 1996, selon le portrait publié par Sortir à Paris.
Ce lien avec la scène ne s’est jamais rompu. La maison a habillé des personnalités comme Madonna ou Kate Moss, imaginé des créations pour le Crazy Horse et présenté un défilé au Lido. Des références qui disent bien l’esprit maison : plumes, rubans et une féminité coquette, volontiers impertinente.
L’esthétique pin-up, pièce par pièce
Dans l’atelier-boutique du 68 rue Jean-Jacques Rousseau, l’univers emprunte au boudoir et aux cabarets d’autrefois. On y trouve des soutiens-gorge balconnet, des culottes taille haute, des strings, des nuisettes, des serre-tailles et des déshabillés, aux côtés de pièces de prêt-à-porter. Les matières sont celles de la lingerie de tradition : dentelle, satin, plumetis et mousseline, travaillés en jeux de transparence et de volumes.
Le balconnet et la culotte taille haute ne sont pas là par hasard. Ce sont deux formes emblématiques de la silhouette des années 1950, que l’on associe spontanément aux pin-up. Le balconnet galbe la poitrine en la remontant, avec un décolleté large et horizontal ; la taille haute marque la taille et allonge la jambe. Deux pièces qui, chez beaucoup de marques, sont revenues dans les collections courantes ces dernières saisons, preuve que l’esthétique rétro a dépassé le cercle des initiées.
Le serre-taille, accessoire de mise en scène
Le serre-taille occupe une place à part. Héritier lointain du corset, il affine la taille sans remonter jusqu’à la poitrine. Chez une maison qui revendique l’héritage du cabaret, il fonctionne autant comme pièce de lingerie que comme élément de tenue, porté sur une blouse ou sous une veste ouverte.
Un vrai savoir-faire d’atelier
Derrière les froufrous, il y a un travail de coupe et de confection. Depuis 2016, la maison produit ses créations dans son propre atelier du 1er arrondissement, et propose un service sur mesure. Les clientes peuvent choisir certaines matières, faire prendre leurs mesures et même puiser dans les tissus d’anciennes collections pour imaginer une pièce personnelle. Selon Sortir à Paris, la fabrication à la commande demande généralement une dizaine de jours.
Ce modèle tranche avec celui des grandes enseignes. Fabriquer à Paris, en petites séries ou à la pièce, permet d’ajuster une lingerie à une morphologie précise, ce qui reste rare dans un secteur dominé par les tailles standard. C’est aussi une manière de réutiliser des tissus de collections passées plutôt que de les laisser dormir en stock. Les collections et l’histoire de la maison sont présentées sur le site officiel de Fifi Chachnil.
La transparence revient sur le devant de la scène
Ce retour d’intérêt pour une lingerie qui se montre rejoint une tendance plus large. Comme le relève Le Parisien, la transparence s’est imposée sur les défilés automne-hiver 2026-2027, dans une approche plus couture : tulle, dentelle, mousseline ou organza, avec l’idée de suggérer plutôt que de dévoiler. Le quotidien rappelle que la mode puise régulièrement dans ce registre, des silhouettes fluides des années 1930 aux influences lingerie des années 1990.
Concrètement, cette tendance se porte par superposition : une robe en tulle sur une doublure ton sur ton, une blouse transparente avec un pantalon tailleur, une jupe vaporeuse avec un gros pull. La lingerie y trouve une place naturelle. Un soutien-gorge en dentelle devient visible sous une chemise légère, une nuisette en satin se porte en robe sous un manteau long.
Comment s’en inspirer sans tout changer
Pour adopter l’esprit rétro sans basculer dans le costume, le plus simple est de partir d’une seule pièce forte. Une culotte taille haute en dentelle sous une jupe crayon, un balconnet en satin sous une chemise entrouverte, ou un déshabillé porté en kimono léger suffisent à donner le ton. L’important est de bien choisir sa taille : un balconnet mal ajusté perd tout son intérêt, et c’est là que les conseils d’une boutique spécialisée font la différence.
Quarante ans après sa création, une maison comme Fifi Chachnil montre qu’il existe toujours un public pour une lingerie pensée comme un plaisir et une affirmation de style, loin de la seule recherche de confort invisible. Une approche qui, cette saison, croise justement l’air du temps.