
Du 27 au 29 octobre, le Palais des Festivals de Cannes a accueilli MarediModa, le salon européen consacré aux tissus du maillot de bain, de la lingerie et de l’athleisure. Ce n’est pas un salon grand public : on y vient choisir les matières des collections qui arriveront en boutique dans un an et demi. Ce qui s’y dit donne donc une bonne idée des maillots et de la lingerie que l’on portera demain. Cette année, deux sujets ont dominé : l’anniversaire du bikini et un été qui ne s’arrête plus.
Le bikini a 80 ans, et il passe au musée du salon
Partenaire officiel du salon, The LYCRA Company a choisi cette édition pour fêter les 80 ans de la création du bikini, rapporte Presse Agence. L’exposition, baptisée « Designed to move. Built to last », retrace huit décennies de style à travers une sélection de bikinis des années 1960 à nos jours.
Le principe est intéressant : chaque modèle reprend les codes de son époque, mais il est confectionné dans des tissus actuels. Ceux-ci viennent de deux tisseurs italiens, Carvico (fondé en 1962, dans la région de Bergame) et Jersey Lomellina (depuis 1977), tous deux spécialistes des maillots élastiques. L’illustratrice italienne Ileana Lucia Ferri a dessiné une série d’images pour chaque décennie, et des murs LED projetaient l’évolution de la pièce pendant le cocktail d’ouverture.
De pièce jugée audacieuse, le bikini est devenu en quatre-vingts ans un symbole de la culture balnéaire. Les fibres élastiques y ont joué un grand rôle dès les années 1960 : elles ont apporté le maintien, le galbe et la liberté de mouvement que l’on attend aujourd’hui d’un deux-pièces.
Un maillot qui dure plus longtemps
Derrière l’hommage, il y a un message très concret pour celles qui achètent un maillot chaque été parce que le précédent a fané. Les bikinis exposés utilisent une fibre conçue pour résister au chlore, à la crème solaire, à la transpiration, à la chaleur et aux UV. Selon Presse Agence, elle conserve ses performances jusqu’à dix fois plus longtemps qu’un élasthanne non protégé.
« Dans un secteur en constante évolution, nous sommes convaincus que la durabilité est l’une des manières les plus significatives de soutenir une mode plus responsable », a déclaré Arnaud Ruffin, vice-président Brands & Retail Business de The LYCRA Company, cité par Presse Agence. Le bon réflexe ne change pas : quand vous choisissez un maillot, lisez l’étiquette de composition et l’entretien conseillé. Un rinçage à l’eau claire après la piscine reste le meilleur allié d’un tissu élastique.
Un été de presque six mois qui bouscule le calendrier
L’autre sujet du salon, c’est la météo. Pour le média textile espagnol Pinker Moda, le bilan de la saison est positif. Les fortes chaleurs ont porté les ventes, même si le contexte reste difficile : hausse des coûts, consommation en berne, tensions internationales. Les commerçants ont même pu écouler leurs stocks sans tout brader en catastrophe.
Mais la saison s’étire désormais sur presque six mois, et ce décalage change les habitudes. Les boutiques retardent leurs commandes, et le calendrier commercial, longtemps calé sur un été court, ne colle plus. « Le changement climatique a cassé tous les schémas », résume Claudio Taiana, président de MarediModa, cité par Pinker Moda (propos traduits de l’espagnol). Il ajoute que le consommateur « ne lésine plus sur les loisirs et la détente ».
Le maillot sort de la plage
Conséquence directe : le beachwear quitte la plage pour entrer dans la garde-robe de tous les jours. Un body de bain porté avec un pantalon fluide, un haut de maillot sous une chemise ouverte, une brassière qui passe de la séance de sport au déjeuner en terrasse… La frontière entre maillot, lingerie et vêtement de sport s’efface. C’est d’ailleurs pour cela que le salon réunit ces trois familles sous le même toit.
Le « made in Europe » en première ligne
Le salon a aussi pris une tonalité défensive. Toujours selon Pinker Moda, l’inquiétude principale des fabricants européens est la concurrence de produits importés soumis à des règles moins strictes. S’y ajoutent le coût de l’énergie et la lourdeur administrative. « Les entreprises internationales introduisent leurs produits dans l’Union avec une réglementation différente de la nôtre », regrette Claudio Taiana.
MarediModa a récemment rejoint l’écosystème de Milano Unica et de Confindustria Moda, la fédération italienne du textile, tout en gardant son identité. Pas question pour autant de changer de ville : « Nous nous sommes installés à Cannes, et nous y resterons », assure son président. Son mot d’ordre pour les prochaines éditions : « Nous ne cherchons pas à grandir, mais à nous renforcer. »
Ce que cela change pour votre tiroir à lingerie
Pour vous, ces annonces se traduiront par des maillots et des sous-vêtements pensés pour durer plusieurs saisons, et par des pièces hybrides que l’on porte de la plage à la ville. Les collections seront aussi disponibles plus tôt et plus longtemps, puisque l’été déborde désormais sur le printemps et l’automne. Le bikini fête ses 80 ans, mais il n’a jamais été aussi polyvalent.
Un conseil d’achat pour les mois qui viennent : avant d’investir dans une pièce, regardez sa composition, demandez si le tissu est traité contre le chlore et les UV, et vérifiez où il a été tissé. Ce sont précisément ces trois points que les exposants de Cannes mettent en avant pour se distinguer.